La Maryse : l'ustensile qui porte le prénom de ma mère
Il y a des noms qui ne s’inventent pas. Maryse, par exemple. C’est le prénom de ma mère et je l'utilise quasiment chaque jour en cuisine, cela permet d'avoir une pensée quotidienne pour elle malgré les kms.
Assez inexplicablement, le nom donné à l'un des ustensiles les plus indispensables de la cuisine : cette fameuse spatule souple en silicone ou en caoutchouc qui passe sa vie à racler des bols, récupérer des sauces, mélanger des préparations et sauver les dernières traces de chocolat au fond d'un saladier.
Quand on y pense, c'est quand même assez drôle. Il existe des fouets, des mandolines, des chinois, des sauteuses, des araignées, des cul-de-poule… et quelqu'un, quelque part, a décidé qu'une spatule s'appellerait Maryse. Pas Martine, pas Jacqueline, pas Gertrude : Maryse. Forcément, avec une mère qui porte ce prénom, impossible de ne pas s'intéresser à l'affaire — et c'est un peu comme ça qu'est née l'idée de ce site.
Mais pourquoi « Maryse » ?
L'ustensile, lui, est aujourd'hui parfaitement identifié : une spatule souple, généralement en silicone ou en caoutchouc, dont la tête épouse les parois d'un récipient pour récupérer jusqu'à la dernière goutte ou incorporer délicatement une préparation. Elle est particulièrement utilisée en pâtisserie, notamment pour mélanger sans casser les blancs montés. Mais le prénom, lui, reste un mystère — ou presque, car deux histoires circulent.
La première est magnifique, mais difficile à vérifier : elle raconte qu'une certaine Maryse de Montpetit, cuisinière à la cour de François Ier, aurait utilisé un ustensile similaire pour préparer des galettes d'avoine appréciées du roi. Une histoire qui a tout pour plaire, entre le roi, la cuisinière, la spatule révolutionnaire et les galettes d'avoine : il ne manque finalement qu'un cheval au galop et une bande-son de film historique. Le problème, c'est que cette version est loin d'être solidement documentée.
La seconde piste est beaucoup plus prosaïque, et probablement beaucoup plus crédible. Elle renvoie à la maison de Buyer, fabricant français d'ustensiles de cuisine fondé en 1830 : selon cette histoire, le prénom aurait été choisi en hommage à une employée de maison qui travaillait pour la famille de Buyer et dont les talents culinaires auraient marqué les esprits. Autrement dit, il est possible qu'à l'origine de cet ustensile mondialement connu se trouve simplement une femme qui savait cuisiner. Et ça, finalement, nous plaît beaucoup.
Une spatule qui refuse de laisser quoi que ce soit derrière elle
La maryse possède une qualité assez rare en cuisine : elle est incapable de laisser une préparation tranquille. Un fond de pâte, elle le récupère ; une sauce accrochée dans un coin du saladier, elle va la chercher ; du chocolat fondu resté obstinément sur les parois, elle ne négocie pas. Une crème pâtissière, un pot de confiture : elle racle, et elle racle encore. On pourrait presque lui reprocher son obsession, mais c'est précisément pour cela qu'elle est devenue indispensable.
C'est probablement l'un des meilleurs ustensiles anti-gaspillage de la cuisine : sa partie souple épouse les contours du récipient et permet de récupérer une quantité étonnante de préparation qui, sans elle, finirait généralement dans l'évier. Et entre nous, quand on vient de passer vingt minutes à préparer une mousse au chocolat, abandonner trois cuillères de chocolat au fond du saladier est tout simplement inadmissible. La maryse, elle, ne tolère pas ce genre de comportement.
Et puis il y a la pâtisserie…
C'est probablement là qu'elle devient réellement irremplaçable. Incorporer des blancs en neige demande de la délicatesse : on ne leur met pas un coup de fouet comme si l'on cherchait à démarrer une tondeuse récalcitrante, on soulève, on rabat, on tourne et on recommence. La maryse accompagne ce mouvement avec sa souplesse et permet d'incorporer les blancs sans les écraser inutilement, et il en va de même pour une mousse, une ganache, une crème ou certaines pâtes délicates.
Elle sait donc faire deux choses apparemment contradictoires : être suffisamment douce pour ne pas massacrer une mousse au chocolat, et suffisamment efficace pour vider un saladier jusqu'au dernier gramme.
Maryse, ma mère, et la cuisine
Et puis il y a évidemment l'autre Maryse, la vraie : ma mère, celle qui n'a probablement jamais demandé à devenir le nom officiel d'un ustensile de pâtisserie. Je ne sais pas si elle a déjà réfléchi au fait que, dans les cuisines françaises, des milliers de personnes prononcent son prénom tous les jours en disant :
« Passe-moi la maryse. »
Ce qui est tout de même une forme assez particulière de célébrité. On peut avoir son nom sur une plaque de rue, sur un livre, sur une bouteille de vin — ou devenir le nom d'une spatule. Chacun sa destinée.
Et c'est peut-être ça, la cuisine
Au fond, cette histoire résume assez bien ce que nous voulons faire ici, parce que la cuisine n'est pas uniquement une succession de recettes. Ce sont aussi des objets, des gestes, des souvenirs, des découvertes, des voyages, des repas ratés et des plats réussis par hasard ; ce sont des recettes transmises par une mère, une grand-mère, un ami, ou simplement découvertes au détour d'un voyage.
C'est parfois une dégustation en Italie qui donne envie de refaire un ragù à la maison, parfois une vieille recette retrouvée dans un carnet, parfois une technique découverte chez un chef. Et parfois, c'est juste une spatule qui porte le prénom de votre mère.
Pourquoi « la-maryse » ?
Parce qu'il fallait bien lui donner un nom, et que cette fameuse maryse est justement l'ustensile qui récupère, mélange et ne laisse rien derrière elle : le choix semblait presque évident. Un nom qui fait sourire, qui raconte déjà quelque chose et qui parle de cuisine sans se prendre trop au sérieux.
Surtout, c'est un nom qui nous rappelle qu'en cuisine, les meilleures histoires ne commencent pas forcément avec une recette : elles peuvent commencer avec un prénom, celui d'une mère, celui d'une spatule, ou, dans notre cas, les deux à la fois.
Alors bienvenue chez la-maryse. Ici, on va cuisiner, goûter, tester, rater parfois, recommencer souvent, et surtout essayer de ne rien laisser au fond du saladier. Même pas une goutte.